Je vais vous parler de mes
moules. Elles vivent dans un endroit sombre, caché, clos. Jusqu’à ce que des
doigts les en tirent.
Non, non, ce n’est pas ce que
vous croyez.
Je recommence.
J’ai décidé un jour sur une
impulsion subite et inhabituelle de manger des moules. Depuis le temps que j’en
voulais. Mais plus précisément de les préparer et les cuire moi-même. Ma
famille y arrive. Pourquoi pas moi ?
J’ai acheté spontanément le kilo
de moules sans plus me poser de questions sur la préparation. Heureusement,
sinon je ne les aurais jamais faites.
J’ai un peu lu sur le moment
même. Il faut enlever ce qu’ils appellent une barbe, une espèce de petit
filament qui dépasse.
Il faut d’abord vérifier qu’elles
sont bonnes.
Sur le paquet de moules, j’ai lu
qu’il fallait légèrement les tapoter pour que les coquilles se ferment. Cela
signifie qu’elles sont bonnes à manger, et vivantes. Oui, vivantes.
Je l’ai découvert immédiatement.
J’ai un peu tapoté dessus et peu se sont fermées. J’ai vu comme une espèce de
respiration. Vivantes. Théoriquement j’aurais dû les prendre en mains et tirer
sur la barbe, mais je n’ai pas pu. Elles sont vivantes ces bestioles, elles
respirent. Même les prendre en mains était trop.
J’ai choisi la solution de la
lâcheté, face à mes victimes. Je les ai noyées. Quelle barbare je suis.
Celles qui se ferment sont bonnes
à manger. Celles qui restent ouvertes ne sont plus bonnes. Celles ébréchées
aussi. Ou légèrement abîmées. Mais qu’entend-on par-là ? En effet, avec la
crasse, on ne voit pas tout. Et un léger coup est-ce ébréché, abîmé ? J’ai
hésité. Je les ai plongées et replongées. Et replongées encore pour être sure.
Il y en avait qui étaient presque
fermées, mais un petit peu ouvertes, très légèrement. Assez pour se poser des
questions. Fermées ou pas ? Sinon, au final je jetais au moins la moitié.
En plus elles avaient de grandes
dents, les dents de la mer. Elles auraient pu mordre. Vous pouvez les voir sur
photo.
Encore un peu on aurait pu les
voir ricaner à me voir perdue par rapport à toutes ces questions.
Ensuite, quand je me suis décidée
sur celles à garder, il a fallu les gratter. Les gratter. Jusqu’où les
gratter ?
À nouveau des questions. À quoi
correspond une coquille propre, puisqu’elles sont toutes sales ? En
grattant ce qui était d’une couleur différente je me demandais si je n’enlevais
pas de la coquille aussi.
Et j’ai gratté, gratté, pour
qu’elles reviennent….
Non. Ça m’a pris longtemps tout
ça et mes tergiversations. J’étais crevée. Les moules m’ont tuées. Mais je les
ai eues avant.
Plus jamais.