Monsieur le Crayon regrette
que Madame la Gomme veuille à chaque fois effacer ses pas. Ne pourrait-elle
aller faire ça ailleurs ? Elle irait faire son intéressante, toute de
blanche vêtue, auprès de monsieur Crayon Grognon qui se trouve de l’autre côté
de la table basse. Pas de chance, elle reste avec lui et lui empoisonne son
existence. Pire qu’elle il n’y a pas. Elle est destructrice et n’apporte rien
de positif.
Monsieur le Crayon,
lui, veut vivre sa vie, avec ses qualités et ses défauts. Ses erreurs, il les
accepte, elles font partie de lui. Tout ne peut pas être parfait.
Il est tactile, et
manuel. Il aime la main qui le tient, qui le guide, qui le fait vivre. Tant que
celle-ci ne le lâche pas. Il peut en devenir handicapé si la chute est dure. Sa
confiance est totale, même s’il n’a pas le choix.
Outre Madame la Gomme,
il craint aussi le robot Taille Crayon, encore plus dévastateur. Cet espèce
d’olibrius s’approche de lui pour lui retirer des peaux et des peaux, sans
qu’il ne puisse rien faire. Il se sent alors mal, dénudé, diminué. C’est une
torture, qui se répète régulièrement et inlassablement.
Il revêtira parfois
son bel habit avant d’aller rendre visite à des dames Crayon, plus
resplendissantes. Elles le font vivre, se sentir moins seul dans ce bas monde.
Il a tenté différentes approches mais n’a pu encore concrétiser avec l’une d’entre
elle malgré son ardent désir.
Il aime les artistes
qui le font voyager, voir plein de couleurs, et qui lui montrent des images par
son tracé et son toucher sur la feuille. Avec modération néanmoins. Au plus
vite, il effleure une feuille, au plus, il est diminué, et risque ainsi de
finir dans sa tombe, alors même qu’il n’est pas tout à fait mort.
Il en a vu d’autres y
finir. Cet endroit sombre, avec son couvercle sinistre. Aussi communément
appelé poubelle. C’est ce qui le heurte le plus. Cet abandon après l’avoir
utilisé de cette manière, après qu’il eut montré son utilité avec diligence, et
sans se rebiffer. Cela lui donne l’impression de n’être qu’un objet jetable,
auquel la main ne porte aucun sentiment.
Il ne comprend pas et
ne comprendra jamais. Un jour, dans le noir, il sera enseveli sous un monceau
de détritus, et ensuite broyé jusqu’à disparaître.
Philosophique
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